Libération p.15, samedi 10 et dimanche 22 juin 2000 :

Les «Sans nous» finissent au trou

Meyer - Tendance Floue

« On est aussi là pour faire la fête ! » lance Thomas, membre du collectif « Sans nous » qui milite contre l'incorporation des jeunes nés avant 1979. Mais la journée de vendredi s'est terminée au commissariat. Partie de Montparnasse sous escorte discrète des RG, la mini-manifestation d'une trentaine d'appelés récalcitrants s'est dirigée vers el ministère de la Défense. Objectif : planter un camp symbolique sous les fenêtres du ministre Alain Richard. Arrivés à proximités, les jeunes gens étaient attendus: sirènes hurlantes, les CRS et autres policiers motocyclistes ont déboulé dans la rue, en sens interdit. Six jeunes gens ont été embarqués menottes aux poignets, les autres conviés à se rendre aussi au commissariat. Le matériel de camping et les provisions ont été dispersés sur le trottoir. Les manifestants ont été relâchés après deux heures passées au poste. Les « Sans nous » appellent à une manifestation nationale le 18 juin à Paris, place de la République. K.C.

LE FIGARO p.10 samedi 10 - dimanche 11 juin 2000 Armée :

Les membres du collectif "Sans nous",
qui refusent le service national,
ont manifesté hier à Paris.


Les sursitaires ne désarment pas Action surprise du collectif "Sans nous", hier devant le ministère de la Défense. Une trentaine de manifestants a été inerpellée; (Photo Richard Vialeron/Le Figaro)

La dernière action surprise du collectirf "Sans nous" a tourné court, hier après-midi, après l'interpellation d'une trentaine de ses membres devant le ministère de la Défense, à Paris. Depuis plusieurs mois maintenant, ces jeunes sursitaires réclament la suppression immédiate du service national obligatoire, refusant de faire partie des 122 000 appelés attendus sous les drapeaux d'ici à la fin effective de la conscription.
Rassemblés sur le parvis de la gare Montparnasse, les membres du collectif avaient initialement prévu d'intervenir devant l'un des bureaux du service national, boulevard Diderot. Mais les portes du local, pariellement muré le mois dernier par les mêmes manifestants, avaient été fermées hier, avant l'heure, par mesure de prudence. Vers 15 heures, tentes, pneus, pancartes et duvets sous le bras, les contestataires ont donc pris le chemin du ministère de la Défense.
A peine sortis du métro, la trentaine de jeunes gens s'est trouvée nez à nez avec les forces de l'ordre. Une course-poursuite de quelques mètres qui s'est brutale- ment achevée devant le 23 de la rue Saint-Dominique. Certains jeunes ont alors été brièvement menottés, et une partie de leur matériel, confisquée. Bien qu'encerclés par une vingtaine de policiers, les contestataires ne se sont pas privés de faire connaître leur mécontentement: "Non, noun nou, au service militaire ! Exemption de tous les sursitaires !" hurlaient-ils en coeur, coups de sifflet à l'appui. Sur un T-shirt, le message était tout aussi clair: " Tant qu'il y aura des injustices, il y aura des raisons de resister." Accroupi contre le mur, Sébastien, spécialement venu de Nancy, ne cachait pas sa joie d'être là: « J'ai 25 ans et ça fait vingt-cinq ans que je ne veux pas faire mon service, avait-il expliqué peu avant. Je ne suis incorporalbe qu'en avril 2002, mais je veux à tout prix les soutenir plutôt que d'attendre et de voir venir.»
Peu après, le jeune homme a été contraint de suivre ses camarades dans les fourgons dépêchés sur place. Dans un habitacle remuant, on pouvait entendre les voix de sursitaires déçus d'avoir été interrompus dans leur élan mais pas découragés.
Emmenés dans deux commissariats voisins, les jeunes gens ont finalement été relâchés peu avant 18 heures. Parmi eux, Thomas, pour qui "tout a été trop rapide". "Nos intentions n'étaient pas mauvaises, estime-t-il. On a la terrible impression d'être transparents face à un ministère qui reste sourd à nos revendications. Mais, motivés comme on est, on parle déjà de ce qu'on va faire après". Etudiants préparant leur thèse ou leur concours, jeunes professionnels du droit ou du spectacle, voire chercheurs ou dessinateurs, les "Sans nous" ont rappelé qu'ils ne voulaient pas, pendant dix mois, "aller faire du jogging à Rambouillet (ou) construire un sauna pour les officiers".
Le 18 juin prochain, ils se réuniront place de la République pour une manifestation nationale.

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